Résumé de la décision
La société Le Bistrot du Dôme a contesté des dispositions du code des procédures fiscales relatives aux traitements informatiques par l'administration fiscale lors de contrôles comptables, arguant qu'elles méconnaissent le principe des droits de la défense. Le Conseil d'État a rejeté cette contestation, constatant que la question prioritaire de constitutionnalité (QPC) soulevée n'était pas nouvelle et ne présentait pas un caractère sérieux. Par conséquent, il a décidé qu'il n'y avait pas lieu de renvoyer cette question au Conseil constitutionnel.
Arguments pertinents
1. Compétence législative : Le Conseil a précisé que le législateur doit déterminer les modalités de recouvrement des impositions, y compris les règles de contrôle, mais que cette compétence ne peut être invoquée à l'encontre d'une QPC que si elle affecte un droit ou une liberté garanti par la Constitution. Le Conseil a déclaré que « la méconnaissance par le législateur de sa propre compétence ne peut être invoquée à l'appui d'une question prioritaire de constitutionnalité que dans le cas où cette méconnaissance affecte par elle-même un droit ou une liberté que la Constitution garantit ».
2. Droits de la défense : Le Conseil d'État a souligné que les droits de la défense ne s'appliquent pas aux décisions administratives à moins qu'elles ne comportent une sanction punitive. Dans ce cas, les dispositions contestées régulaient un processus administratif lié à l’établissement de l’impôt, et non une sanction. « En premier lieu, le principe constitutionnel du respect des droits de la défense ne s'applique pas aux décisions émanant des autorités administratives, sauf lorsqu'elles prononcent une sanction ayant le caractère d'une punition ».
3. Absence de nouveauté : Le Conseil a également noté que la question soulevée n'était pas nouvelle et n'avait pas de caractère sérieux. « Il résulte de ce qui précède que la question prioritaire de constitutionnalité invoquée, qui n'est pas nouvelle, ne présente pas un caractère sérieux ».
Interprétations et citations légales
1. Article 23-5 de l'ordonnance du 7 novembre 1958 : Cet article précise les conditions sous lesquelles une question prioritaire de constitutionnalité peut être soulevée. Le Conseil a précisé que la QPC devait répondre à trois conditions, dont l'applicabilité au litige. Cette disposition régit donc les modalités d'examen des dispositions législatives contestées.
2. Code des procédures fiscales - Article L. 16 B : Le Conseil a examiné ce texte dans le contexte des droits de la défense, y compris les conditions sous lesquelles les informations recueillies par l'administration peuvent être opposées aux contribuables. L'article établit que l'administration doit fournir au contribuable la nature et le résultat des traitements informatiques. Toutefois, le Conseil a interprété que cela ne portait pas atteinte aux droits de la défense.
3. Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 - Article 16 : Cet article garantit la séparation des pouvoirs et les droits fondamentaux, mais le Conseil a jugé qu'il n'y avait pas de méconnaissance manifeste puisque les dispositions administratives en cause ne s'analysaient pas comme un manquement aux droits des parties dans un contentieux.
En conclusion, la décision du Conseil d'État confirme la légitimité des dispositions contestées tout en réaffirmant les limitations existantes dans l'application des droits de la défense au contexte administratif, ainsi que les conditions requises pour la reconnaissance d'une QPC.