Résumé de la décision
Cette décision concerne les pourvois en cassation de la société Brico Dépôt contre des arrêts de la cour administrative d'appel de Versailles, qui avaient annulé des jugements précédents en matière d'imposition et remis des impositions litigieuses à la charge de la société. La société Brico Dépôt conteste notamment l'interprétation de différentes dispositions fiscales et soulève des questions prioritaires de constitutionnalité liées à la législation en matière d'imposition. Cependant, le Conseil d'État rejette les pourvois, considérant qu'aucun des moyens invoqués n'est de nature à justifier leur admission.
Arguments pertinents
1. Irrecevabilité des questions prioritaires de constitutionnalité : Le Conseil d'État souligne que la méconnaissance de l'objectif d'intelligibilité et d'accessibilité de la loi ne peut pas être invoquée comme un moyen sérieux dans le cadre d'une question prioritaire de constitutionnalité. L'article 23-5 de l'ordonnance n° 58-1067 stipule clairement que le moyen doit être fondé sur une disposition applicable au litige qui n'a pas déjà été déclarée conforme par le Conseil constitutionnel.
2. Respect de la compétence législative : En vertu de l'article 34 de la Constitution, le Conseil d'État précise que si le législateur ne respecte pas l'étendue de ses compétences, cela ne porte pas atteinte aux droits ou libertés garantis par la Constitution. Ainsi, "la méconnaissance par le législateur de l'étendue de sa compétence dans la détermination de l'assiette ou du taux d'une imposition n'affecte par elle-même aucun droit ou liberté que la Constitution garantit".
3. Arguments sur l’insuffisance de motivation : La société Brico Dépôt soutenait que les arrêts de la cour administrative d'appel étaient insuffisamment motivés et proposait une interprétation contraire à l'intention du législateur. Cependant, le Conseil d'État estime que ces moyennes ne justifient pas l’admission des pourvois.
Interprétations et citations légales
1. Concernant la procédure de question prioritaire de constitutionnalité : L'article 23-5 de l'ordonnance n° 58-1067, qui permet de soulever les questions quant aux droits et libertés garantis par la Constitution dans le cadre d'un pourvoi, est clairement structuré. Il stipule que le moyen doit être applicable au litige et non déjà déclaré conforme :
> "Le moyen tiré de ce qu'une disposition législative porte atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution peut être soulevé, y compris pour la première fois en cassation, à l'occasion d'une instance devant le Conseil d'Etat." (Ordonnance n° 58-1067 - Article 23-5).
2. Sur la portée de l'article 34 de la Constitution : Le Conseil d'État souligne que l'article 34, qui définit les compétences législatives, ne permet pas de déduire qu'une méconnaissance personnelle du législateur affecte directement les droits constitutionnels :
> "La loi fixe les règles concernant (...) l'assiette, le taux et les modalités de recouvrement des impositions de toutes natures (...) " (Constitution - Article 34).
3. Réponse aux moyens soulevés par Brico Dépôt : Tout au long de son évaluation, le Conseil d'État insiste sur le fait que les moyens soulevés par la société Brico Dépôt, qu'il s'agisse d'une insulte à la motivation des décisions précédentes ou d'une méconnaissance du principe de confiance légitime, ne soutiennent pas la nécessité d'une révision des arrêts précédents :
> "Aucun de ces moyens n'est de nature à justifier l'admission des pourvois."
En conclusion, les jugements antérieurs sur la fiscalité de la société Brico Dépôt sont maintenus, le Conseil d'État ayant considéré que les arguments de la société ne remplissaient pas les critères juridiques requis pour justifier un renvoi ou une révision de la décision.