COUR D'APPEL DE MONTPELLIER
N° RG 22/00449 - N° Portalis DBVK-V-B7G-PTME
O R D O N N A N C E N° 2022 - 455
du 15 Novembre 2022
SUR SECONDE PROLONGATION DE RETENTION D'UN ETRANGER DANS UN ETABLISSEMENT NE RELEVANT PAS DE L'ADMINISTRATION PENITENTIAIRE
dans l'affaire entre,
D'UNE PART :
Monsieur [F] [Z]
né le 02 Juillet 1988 à [Localité 3] (POLOGNE)
de nationalité Polonaise
retenu au centre de rétention de [Localité 2] dans les locaux ne relevant pas de l'administration pénitentiaire,
Comparant, assisté de Maître Linda AOUADI, avocate commise d'office.
Appelant,
D'AUTRE PART :
1°) Monsieur LE PREFET DES PYRENEES-ORIENTALES
[Adresse 4]
[Adresse 1]
[Localité 2]
Non représenté
2°) MINISTERE PUBLIC :
Non représenté
Nous, Myriam BOUZAT conseillère à la cour d'appel de Montpellier, déléguée par ordonnance de Monsieur le premier président, plus spécialement pour les attributions dévolues par les articles L 741-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, assistée de Marion CIVALE, greffière, et en présence de Pricilia NKOMA, greffière stagiaire.
EXPOSE DES FAITS ET DE LA PROCEDURE
Vu l'arrêté du 13 octobre 2022 notifié à 16 heures 45, de Monsieur LE PREFET DES PYRENEES-ORIENTALES qui a fait obligation à Monsieur [F] [Z], de quitter le territoire français et a ordonné sa rétention administrative pendant 48 heures dans des locaux ne relevant pas de l'administration pénitentiaire,
Vu l'ordonnance du 15 octobre 2022 notifiée le même jour, du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Perpignan qui a décidé de prolonger la rétention administrative pour une durée maximale de vingt-huit jours,
Vu la saisine de Monsieur LE PREFET DES PYRENEES-ORIENTALES en date du 11 novembre 2022 pour obtenir une seconde prolongation de la rétention de cet étranger enregistrée le 12 novembre 2022 à 8 heures 38,
Vu l'ordonnance du 12 novembre 2022 à 14h42 notifiée le même jour à la même heure, du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Perpignan qui a décidé de prolonger la rétention administrative pour une durée maximale de trente jours,
Vu la déclaration d'appel faite le 14 Novembre 2022 par Monsieur [F] [Z] , du centre de rétention administrative de [5], transmise au greffe de la cour d'appel de Montpellier le même jour à 11 heures 55,
Vu les télécopies et courriels adressés le 14 Novembre 2022 à Monsieur LE PREFET DES PYRENEES-ORIENTALES, à l'intéressé, à son conseil, et au Ministère Public les informant que l'audience sera tenue le 15 Novembre 2022 à 14 heures 45,
L'avocat et l'appelant, qui ont pu préalablement prendre connaissance de la procédure, se sont entretenus, librement, dans le box dédié de l'accueil de la cour d'appel de Montpellier, les portes de la salle étant fermées pour assurer la confidentialité de l'entretien, en la seule présence de l'interprète , et ce, sur le temps de l'audience fixée, avec l'accord du délégué du premier président de la cour d'appel de Montpellier.
L'audience publique initialement fixée à 14 heures 45 a commencé à 16 h 32.
PRETENTIONS DES PARTIES
Monsieur [F] [Z] confirme son identité telle que mentionnée dans l'ordonnance entreprise et déclare sur transcription du greffier à l'audience : ' Je m'appelle [F] [Z], je suis né le 02 Juillet 1988 à [Localité 3] en POLOGNE. Je suis d'accord pour voir executer la mesure d'eloignement et quitter le territoire français. Il faut que je rentre en pologne pour recuperer mes papiers. '
L'avocat, Me [H] [N] développe les moyens de l'appel formé contre l'ordonnance du juge des libertés et de la détention qui a prolongé le maintien en rétention de l'étranger.
Monsieur LE PREFET DES PYRENEES-ORIENTALES ne comparait pas.
Monsieur [F] [Z] a eu la parole en dernier et a déclaré sur transcription du greffier à l'audience : 'J'aimerais bien revenir en Pologne, ça me parait très long comme procédure. C'est bizarre que mon consul ne réponde pas en quinze jours. Si je ressors libre aujourd'hui, je rentre directement en Pologne. Je suis couvreur, c'est mon métier. Mais en décembre, il y a la neige en Pologne je ne sais pas quel metier je pourrais faire, sur les toits c'est compliqué. Et aussi, je voudrais vous dire : vous perdez beaucoup d'argent avec cette procédure. Vous payez 650 euros pour mon séjour dans un centre, alors que je n'y fais rien à part du sport, c'est pas pratique. Je vis chez mon ami a [Localité 2], ce n'est vraiment pas pratique, je souhaite rentrer en pologne. J'aimerais rentrer et revenir en France par mes propres moyens.'
La conseillère indique que la décision et la voie de recours seront notifiées sur place, après délibéré.
SUR QUOI
Sur la recevabilité de l'appel :
Le 14 Novembre 2022, à 11h55, Monsieur [F] [Z] a formalisé appel motivé de l'ordonnance du juge des libertés et de la détention de [Localité 2] du 12 Novembre 2022 notifiée à 14h42, soit dans les 24 heures de la notification de l'ordonnance querellée, qu'ainsi l'appel est recevable en application des articles R 743-10 et R743-11 du CESEDA.
Sur l'appel :
L'avocat de l'appelant soutient la violation des droits de la défense de son client devant le premier juge pour défaut d'entretien suffisant avec l'avocat commis d'office.
Si la violation des droits de la défense, droit fondamental doit être sanctionnée au visa de l'article L 743-12 du CESEDA, encore faut-il que l'appelant en justifie autrement que par déclaration sans commencement de preuve puisque l'ordonnance querellée mentionne: ' L'interessé qui n'a pas d'avocat, vient d'être informé de son droit d'en choisir un et de la possibilité d'obtenir, à sa demande, la désignation d'un avocat d'office. ll demande la désignation d'un avocat d'office. Il convient de lui désigner Me lssaboncana MAIGA qui a pu préalablement prendre connaissanoe de la procédure et s'entretenir avec le retenu avant l'audience.'
Les mentions portées sur une décision de justice valent jusqu'à inscription de faux en écritures publiques.
Le moyen de nullité sera donc rejeté.
L'avocat de l'appelant soutient le défaut de diligence de l'autorité administrative faute pour la Pologne d'avoir délivré le laisser passez consulaire depuis le 14 octobre 2022.
L'autorité administrative n'est comptable de ses diligences qu'à partir du jour du placement en rétention administrative à savoir dès le 13 octobre 2022 et n'est comptable que de ses diligences sans qu'il puisse lui être reproché une carence d'un pays étrange par respect du principe de la souveraineté des états.
En ayant saisi les autorités consulaires polonaises le 14 octobre 2022, les avoir relancé le 3 novembre 2022, l'autorité administrative a été diligente.
Le moyen sera rejeté.
SUR LE FOND
Selon l'article L742-4 du CESEDA': «'Le juge des libertés et de la détention peut, dans les mêmes conditions qu'à l'article L. 742-1, être à nouveau saisi aux fins de prolongation du maintien en rétention au-delà de trente jours, dans les cas suivants :
1° En cas d'urgence absolue ou de menace d'une particulière gravité pour l'ordre public ;
2° Lorsque l'impossibilité d'exécuter la décision d'éloignement résulte de la perte ou de la destruction des documents de voyage de l'intéressé, de la dissimulation par celui-ci de son identité ou de l'obstruction volontaire faite à son éloignement ;
3° Lorsque la décision d'éloignement n'a pu être exécutée en raison :
a) du défaut de délivrance des documents de voyage par le consulat dont relève l'intéressé ou lorsque la délivrance des documents de voyage est intervenue trop tardivement pour procéder à l'exécution de la décision d'éloignement ;
b) de l'absence de moyens de transport.
L'étranger peut être maintenu à disposition de la justice dans les conditions prévues à l'article L. 742-2.
Si le juge ordonne la prolongation de la rétention, celle-ci court à compter de l'expiration de la précédente période de rétention et pour une nouvelle période d'une durée maximale de trente jours. La durée maximale de la rétention n'excède alors pas soixante jours.'»
En application des dispositions de l'article L612-2 du CESEDA: 'Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants :
1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ;
2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ;
3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet.'
Et selon l'article L 612-3 du ceseda: 'Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants :
1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ;
2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ;
3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ;
4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ;
5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ;
6° L'étranger, entré irrégulièrement sur le territoire de l'un des États avec lesquels s'applique l'acquis de Schengen, fait l'objet d'une décision d'éloignement exécutoire prise par l'un des États ou s'est maintenu sur le territoire d'un de ces États sans justifier d'un droit de séjour ;
7° L'étranger a contrefait, falsifié ou établi sous un autre nom que le sien un titre de séjour ou un document d'identité ou de voyage ou a fait usage d'un tel titre ou document ;
8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5.'
En l'espèce, l'intéressé ne présente pas de garanties de représentation effectives propres à prévenir le risque de soustraction à la mesure qui est considéré comme établi au visa des article L 612-3, 5° du ceseda, puisqu'il s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement.
Le juge des libertés et de la détention a estimé à juste titre le bienfondé de la requête fondamentale au visa de l'alinéa 3 a) de l'article L 612-3 du CESEDA.
Il y a lieu en conséquence de confirmer l'ordonnance déférée.
PAR CES MOTIFS :
Statuant publiquement,
Vu l'article 66 de la constitution du 4 octobre 1958,
Vu les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
Déclarons l'appel recevable,
Rejetons les moyens de nullité,
Confirmons la décision déférée,
Disons que la présente ordonnance sera notifiée conformément à l'article R 743-19 du Code de l'Entrée et du Séjour des Etrangers et du Droit d'Asile,
Fait à Montpellier, au palais de justice, le 15 Novembre 2022 à 16 heures 42.
Le greffier, Le magistrat délégué,