Ordonnance N°465
N° RG 24/00483 - N° Portalis DBVH-V-B7I-JGVS
J.L.D. NIMES
28 mai 2024
[J]
C/
LA PREFETE DU [Localité 5]
COUR D'APPEL DE NÎMES
Cabinet du Premier Président
Ordonnance du 30 MAI 2024
Nous, Mme Alexandra BERGER, Conseillère à la Cour d'Appel de NÎMES, désignée par le Premier Président de la Cour d'Appel de NÎMES pour statuer sur les appels des ordonnances des Juges des Libertés et de la Détention du ressort, rendues en application des dispositions des articles L 742-1 et suivants du Code de l'Entrée et du Séjour des Etrangers et du Droit de l'Asile (CESEDA), assistée de Mme Ellen DRÔNE, Greffière,
Vu l'arrêté préfectoral ordonnant une obligation de quitter le territoire français en date du 16 février 2024 notifié le 17 février 2024, ayant donné lieu à une décision de placement en rétention en date du 26 mai 2024, notifiée le même jour à 14h00 concernant :
M. [P] [J]
né le 17 Septembre 2000 à [Localité 4]
de nationalité Algérienne
Vu la requête reçue au Greffe du Juge des Libertés et de la Détention du Tribunal Judiciaire de Nîmes le 28 mai 2024 à 09h09, enregistrée sous le N°RG 24/2479 présentée par Mme la Préfète du [Localité 5] ;
Vu l'ordonnance rendue le 28 Mai 2024 à 16h41 par le Juge des Libertés et de la Détention du Tribunal de NÎMES, qui a :
Rejété la demande d'assignation à résidence ;
Ordonné pour une durée maximale de 28 jours commençant 48H après la notification de la décision de placement en rétention, le maintien dans les locaux ne relevant pas de l'administration pénitentiaire, de M. [P] [J] ;
* Dit que la mesure de rétention prendra fin à l'expiration d'un délai de 28 jours à compter du 28 mai 2024 à 14h00,
Vu l'appel de cette ordonnance interjeté par Monsieur [P] [J] le 29 Mai 2024 à 10h56 ;
Vu l'absence du Ministère Public près la Cour d'appel de NIMES régulièrement avisé ;
Vu la présence de Monsieur [H] [G], représentant la Préfète du [Localité 5], agissant au nom de l'Etat, désigné pour le représenter devant la Cour d'Appel en matière de Rétention administrative des étrangers, entendu en ses observations ;
Vu l'assistance de Monsieur [Y] [M], interprète en langue arabe, inscrit sur la liste des experts de la cour d'appel de Nîmes,
Vu la comparution de Monsieur [P] [J], régulièrement convoqué ;
Vu la présence de Me Alexandre Rabih BARAKAT, avocat de Monsieur [P] [J] qui a été entendu en sa plaidoirie ;
MOTIFS
Monsieur [P] [J] a reçu notification le 17 février 2024 d'un arrêté du Préfet des Bouches du [Localité 5] du 16 février 2024 lui faisant obligation de quitter le territoire national sans délai avec interdiction de retour pendant trois ans.
Monsieur [P] [J] a fait l'objet d'un contrôle d'identité le 25 mai 2024, à 16h40, à [Localité 2].
Par arrêté de la préfecture du [Localité 5] en date du 26 mai 2024 et qui lui a été notifié le jour même à 14h00, il a été placé en rétention administrative aux fins d'exécution de la mesure d'éloignement.
Par requête du 28 mai 2024, le Préfet du [Localité 5] a saisi le Juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Nîmes d'une demande en prolongation de la mesure.
Par ordonnance prononcée le 28 mai 2024, à 16h41, le Juge des libertés et de la détention de Nîmes a rejeté les exceptions de nullité soulevées ainsi que les moyens présentés par Monsieur [P] [J] et ordonné la prolongation de sa rétention administrative pour vingt-huit jours.
Monsieur [P] [J] a interjeté appel de cette ordonnance le 29 mai 2024, à 10h56.
Sur l'audience, Monsieur [P] [J] déclare que :
- il a eu le temps de voir sa famille pour financer son départ, ou Allemagne, il n'avait personne pour l'aider jusque-là,
- il ne refuse pas d'aller en Algérie mais il veut un vol rapidement,
- c'est son frère qui a commis les délits qu'on lui reproche,
- il a fourni une attestation d'hébergement : il a déjà bénéficié d'une demande d'assignation à résidence et il veut quitter librement la France,
- il est malade mais il a vu l'infirmière dans l'attente de voir le médecin.
Son avocat soutient que :
- le retenu avait été assigné à résidence précédemment donc on peut l'envisager à nouveau,
- son billet pour l'Espagne montre son intention réelle de quitter le territoire français,
- s'en raporte pour le surplus à la déclaration d'appel.
Monsieur le Préfet pris en la personne de son représentant demande la confirmation de l'ordonnance dont appel :
- le retenu n'a pas de garanties de représentation, ni l'intention de quitter le territoire français, il n'a pas le droit d'aller dans un autre pays de l'espace Schengen,
- il a déjà eu une OQTF en 2022, un refus d'embarquement lors d'un précédent placement en rétention,
- le consulat a été saisi, il y a eu une demande de routing et un renouvellement de laissez-passer en cours.
SUR LA RECEVABILITE DE L'APPEL :
L'appel interjeté par Monsieur [P] [J] à l'encontre d'une ordonnance du Juge des libertés et de la détention du Tribunal judiciaire de Nîmes a été relevé dans les délais légaux et conformément aux dispositions des articles L.743-21, R.743-10 et R.743-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Il est donc recevable.
SUR LES MOYENS NOUVEAUX ET ÉLÉMENTS NOUVEAUX INVOQUÉS EN CAUSE D'APPEL:
L'article 563 du code de procédure civile dispose : « Pour justifier en appel les prétentions qu'elles avaient soumises au premier juge, les parties peuvent invoquer des moyens nouveaux, produire de nouvelles pièces ou proposer de nouvelles preuves. »
L'article 565 du même code précise : « Les prétentions ne sont pas nouvelles dès lors qu'elles tendent aux mêmes fins que celles soumises au premier juge même si leur fondement juridique est différent ».
Sauf s'ils constituent des exceptions de procédure, au sens de l'article 74 du code de procédure civile, les moyens nouveaux sont donc recevables en cause d'appel.
A l'inverse, pour être recevables en appel, les exceptions de nullité relatives aux contrôles d'identité, conditions de la garde à vue ou de la retenue et d'une manière générale celles tenant à la procédure précédant immédiatement le placement en rétention doivent avoir été soulevées in « limine litis » en première instance.
Par ailleurs, le contentieux de la contestation de la régularité du placement en rétention (erreur manifeste d'appréciation de administration ou défaut de motivation) ne peut être porté devant la cour d'appel que s'il a fait l'objet d'une requête écrite au juge des libertés et de la détention dans les 48 heures du placement en rétention, sauf à vider de leur sens les dispositions légales de l'article R.741.3 du CESEDA imposant un délai strict de 48h et une requête écrite au Juge des libertés et de la détention.
En l'espèce, Monsieur [P] [J] soutient que l'administration n'a pas entrepris des diligences suffisantes pour garantir un éloignement rapide. Il fait également la demande d'une assignation à résidence. Ces moyens et demandes sont recevables.
SUR LE FOND :
L'article L.611-1 du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose des cas dans lesquels un étranger peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français et/ou l'article L.612-6 du même code d'une interdiction de retour sur le territoire français tandis que l'article L611-3 du même code liste de manière limitative les situations dans lesquelles de telles mesures sont exclues.
L'article L.741-3 du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précise qu'en tout état de cause «un étranger ne peut être placé ou maintenu en rétention que pour le temps strictement nécessaire à son départ. L'administration exerce toute diligence à cet effet.»
Au motif de fond sur son appel, Monsieur [P] [J] soutient que l'administration française ne démontre pas avoir engagé les démarches utiles et nécessaires à son départ.
Il en conclut que la mesure de rétention dont il fait l'objet ne se justifie plus et doit donc être levée.
Pour autant, c'est le retenu qui fait obstacle à son l'éloignement puisque depuis le 17 février, date de la notification de l'obligation de quitter le territoire national, il s'est maintenu en France, il a refusé d'embarquer sur un vol prévu le 28 mars, faisant ainsi échec à la mesure. Depuis, l'administration a saisi les autorités algériennes le 26 mai 2024 pour la délivrance d'un nouveau laissez-passer.
Aucun élément du dossier ou du débat à l'audience ne permet d'affirmer que les réponses du Consulat ne puissent intervenir à bref délai en l'état des diligences dont il est ainsi justifié.
Il s'en déduit qu'il y a lieu de dire et juger que l'administration n'a pas failli à ses obligations. En conséquence, le moyen soulevé sera rejeté.
SUR LA SITUATION PERSONNELLE DE MONSIEUR [P] [J]:
Monsieur [P] [J], présent irrégulièrement en France est dépourvu de passeport et de pièces administratives pouvant justifier de son identité et de son origine de telle sorte qu'une assignation à résidence judiciaire est en tout état de cause exclue par les dispositions de l'article L743-13 du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Au demeurant, le retenu a fait échec précédemment à son éloignement. Enfin, il est très défavorablement connu pour avoir commis de nombreux délits sur le territoire français. En conséquence, sa demande d'assignation à résidence sera rejetée.
Il ne justifie, de plus, d'aucune adresse ni domicile stables en France, ne démontre aucune activité professionnelle et ne dispose d'aucun revenu ni possibilité de financement pour assurer son retour dans son pays.
Il est l'objet d'une mesure d'éloignement en vigueur, telle que précitée, et qui fait obstacle à sa présence sur le sol français.
Il s'en déduit que la prolongation de sa rétention administrative demeure justifiée et nécessaire aux fins qu'il puisse être procédé effectivement à son éloignement.
Il convient par voie de conséquence de confirmer l'ordonnance déférée en toutes ses dispositions.
PAR CES MOTIFS
Statuant publiquement, en matière civile et en dernier ressort,
Vu l'article 66 de la constitution du 4 octobre 1958,
Vu les articles L.741-1, L.742-1 à L.743-9 ; R.741-3 et R.743-1 à R.743-19, L.743.21 du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
DÉCLARONS recevable l'appel interjeté par Monsieur [P] [J] ;
CONFIRMONS l'ordonnance déférée en toutes ses dispositions ;
RAPPELONS que, conformément à l'article R.743-20 du Code de l'Entrée et du Séjour des Etrangers et du Droit d'Asile, les intéressés peuvent former un pourvoi en cassation par lettre recommandée avec accusé de réception dans les deux mois de la notification de la présente décision à la Cour de cassation [Adresse 1].
Fait à la Cour d'Appel de NÎMES,
le 30 Mai 2024 à
LE GREFFIER, LE PRESIDENT,
' Notification de la présente ordonnance a été donnée ce jour au Centre de rétention administrative de [Localité 3] à M. [P] [J], par l'intermédiaire d'un interprète en langue arabe.
Le à H
Signature du retenu
Copie de cette ordonnance remise, ce jour, par courriel, à :
- Monsieur [P] [J], par le Directeur du CRA de [Localité 3],
- Me Alexandre Rabih BARAKAT, avocat
,
- M. La Préfète du [Localité 5]
,
- M. Le Directeur du CRA de [Localité 3],
- Le Ministère Public près la Cour d'Appel de NIMES,
- Mme/M. Le Juge des libertés et de la détention.