Résumé de la décision
La Cour de cassation, dans son arrêt du 6 février 2018, a examiné une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) concernant l'article 19 II de la loi n° 2015-912 du 24 juillet 2015. Cette disposition législative traite des règles d'enregistrement dans le Fichier Judiciaire National Automatisé des Auteurs d'Infractions Terroristes (FIJAIT) pour les personnes condamnées pour des infractions liées au terrorisme. M. Z... contestait la constitutionnalité de ces dispositions au motif qu'elles portaient atteinte au principe d'égalité des citoyens devant la loi. La Cour a jugé que la question soulevée ne présentait pas de caractère sérieux et a déclaré qu'il n'y avait pas lieu de renvoyer la question au Conseil constitutionnel.
Arguments pertinents
Dans sa décision, la Cour a articulé plusieurs points clés :
1. Applicabilité et sérieux de la QPC :
- La disposition contestée est applicable à l'affaire et n'a pas déjà été validée par le Conseil constitutionnel.
- Cependant, la question posée ne répondait pas à un critère de nouveauté, car elle ne portait pas sur l'interprétation d'une disposition constitutionnelle.
2. Principe d'égalité :
- La Cour a précisé que le principe d'égalité devant la loi ne s'oppose pas à une différence de traitement lorsque celle-ci est justifiée par des raisons d'intérêt général, pourvu que cette différence soit en rapport direct avec l'objet de la loi.
- En particulier, la distinction entre les personnes condamnées après l’entrée en vigueur de la loi et celles qui l’étaient avant est justifiée par la nécessité d’un traitement différent selon le contexte légal au moment de la condamnation.
3. Mesures de sûreté et droits des justiciables :
- La sauvegarde des droits de la défense est assurée, puisque les personnes concernées par des mesures de sûreté ont le droit d'être informées et peuvent demander la rectification ou l’effacement de leurs données dans le FIJAIT, ainsi que contester ces décisions devant le juge.
Interprétations et citations légales
La décision s'appuie sur les principes établis par la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789 et l'article 6, qui consacre l'égalité des citoyens devant la loi. La Cour cite :
- "le principe d'égalité devant la loi ne s'oppose ni à ce que le législateur règle de façon différente des situations différentes, ni à ce qu'il déroge à l'égalité pour des raisons d'intérêt général".
La Cour applique ainsi une interprétation différentiée du principe d'égalité, mettant en avant que des distinctions peuvent être justifiées par l'intérêt général :
- Code de procédure pénale - Article 567-1-1 (concernant la formation de jugement).
L'arrêt établit également que la distinction de traitement entre les personnes condamnées est directement liée à l'objet de la loi sur la sécurisation et la prévention des actes terroristes. Ce faisant, la Cour garantit que les justiciables disposent des garanties nécessaires afin de contester ces enregistrements, notamment :
- Le droit d'accès aux informations les concernant.
- Le droit de demander la rectification ou l'effacement.
En conclusion, la Cour de cassation a estimé que, étant donné que la question de la constitutionnalité ne présentait pas de caractéristiques sérieuses, il n'y avait pas lieu de renvoyer la question au Conseil constitutionnel.