Résumé de la décision
Le 9 mai 2018, la Cour de cassation a rendu un avis en réponse à une demande formulée par le juge des loyers commerciaux du tribunal de grande instance de Dieppe, relative à l'application de l'article L. 145-34 du code de commerce concernant les augmentations des loyers commerciaux déplafonnés. La décision précise que le juge des loyers commerciaux n’a pas compétence pour établir un échéancier d’augmentation des loyers au-delà de leur fixation initiale à la valeur locative, laissant aux parties la liberté de convenir des modalités d’application de cette augmentation.
Arguments pertinents
1. Fixation du loyer : La Cour rappelle que le loyer déplafonné est fixé conformément à l'article L. 145-33 du code de commerce, qui impose que le loyer doit correspondre à la valeur locative. La fixation de ce montant est distincte de l'étalement des augmentations.
2. Compétence des parties : La décision souligne que l'article L. 145-34 ne confère pas au juge des loyers commerciaux le pouvoir d'établir un échéancier pour l'augmentation annuelle du loyer déplafonné. La Cour constate que le dernier alinéa de cet article ne prévoit qu'un étalement de la hausse, laissant aux parties la liberté de discuter et d'établir les modalités de leur contrat :
> "Il revient aux parties, et non au juge des loyers commerciaux, d'établir l'échéancier de l'augmentation progressive du loyer que le bailleur est en droit de percevoir."
3. Étalement de l'augmentation : L'étalement doit se faire à hauteur de 10 % du loyer de l'année précédente, à moins que la différence entre la valeur locative et le loyer en vigueur soit inférieure. Ce taux d'augmentation est non modulable et doit s'appliquer annuellement :
> "L'étalement de l'augmentation du loyer déplafonné s'opère chaque année par une majoration non modulable de 10 % du loyer de l'année précédente."
Interprétations et citations légales
La décision interprète l'article L. 145-34 du code de commerce en clarifiant les conséquences juridiques d'un déplafonnement de loyer et les obligations des parties dans la gestion des augmentations de loyer. L’article stipule qu’en cas de modification notable des éléments susceptibles d’entraîner un déplafonnement, une augmentation supérieure à 10 % du loyer peut être appliquée, mais cette augmentation doit être organisée selon des modalités que les parties peuvent négocier.
Citations légales pertinentes :
- Code de commerce - Article L. 145-33 : « Le loyer est fixé à la valeur locative... »
- Code de commerce - Article L. 145-34 : « En cas de modification notable des éléments mentionnés aux 1° à 4°, la variation de loyer qui en découle... ne peut conduire à des augmentations supérieures, pour une année, à 10 % du loyer acquitté au cours de l'année précédente. »
Cette approche met en lumière la distinction entre la fixation du loyer et la gestion de son augmentation, clarifiant l'office du juge par rapport à l'autonomie des parties dans le cadre d'un bail commercial.