Résumé de la décision
La Cour de cassation a été saisie d'une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) par M. Marc X... et la société Euroland Corporate, concernant la compatibilité des articles L. 532-1, L. 532-3, L. 573-1 et L. 573-7 du code monétaire et financier avec l'article 8 de la Déclaration des droits de l'homme de 1789. Ces dispositions permettent aux juridictions correctionnelles de sanctionner pénalement des personnes déjà sanctionnées administrativement par l'Autorité des marchés financiers (AMF) pour les mêmes faits. La Cour a décidé qu’il n’y avait pas lieu de renvoyer la question au Conseil constitutionnel, car la question n’était ni nouvelle ni sérieuse.
Arguments pertinents
1. Absence de caractère sérieux de la question : La Cour considère que la question de constitutionnalité ne présente pas un caractère sérieux car elle a déjà été abordée dans des décisions antérieures du Conseil constitutionnel. En effet, il a été établi que des faits identiques peuvent faire l’objet de poursuites à la fois administratives et pénales sans violer le principe ne bis in idem, tant que les sanctions sont de nature différente.
> "Les mêmes faits commis par une même personne peuvent faire l'objet de poursuites différentes aux fins de sanctions de nature administrative ou pénale, sans que soit méconnu le principe de nécessité des délits et des peines..."
2. Nature des sanctions administratives et pénales : La Cour souligne que les sanctions imposées par l'AMF et celles qui peuvent être infligées par le juge pénal sont différentes par leur nature. Les sanctions administratives incluent des amendes et d'autres pénalités, alors que le juge pénal peut prononcer des peines d'emprisonnement ou la dissolution de la personne morale.
Interprétations et citations légales
1. Interprétation de la liberté de poursuivre : La Cour rappelle que la législation permet de poursuivre des actes qui sont sanctionnés tant par l'AMF que par la justice pénale. Cela est en adéquation avec les principes posés par le Conseil constitutionnel, notamment dans les décisions numéros 2016-545 et 2016-546.
> "La commission des sanctions de l'Autorité des marchés financiers peut prononcer à l'encontre d'un manquement des sanctions pécuniaires dont le plafond est de 1 500 000 euros pour une personne morale et de 300 000 euros pour une personne physique."
2. Différenciation des types de sanctions : Les articles du code monétaire et financier précisent que les sanctions liées aux manquements aux règles de bonne conduite peuvent être très variées. Par exemple :
- Code monétaire et financier - Article L. 621-15 : Sanctions de l'AMF varient de l'avertissement à des sanctions pécuniaires.
- Code monétaire et financier - Articles L. 573-1 et L. 573-7 : Le délit pénal de fourniture illicite de services d'investissement peut entraîner jusqu'à trois ans d'emprisonnement et une amende de 375 000 euros pour les personnes physiques.
Ainsi, cette décision établit que le cumul de sanctions administratives et pénales est légal et qu’il ne nuit pas aux principes de nécessité et de proportionnalité des peines. Les sanctions infligées peuvent être suffisamment distinctes pour justifier des poursuites parallèles dans des juridictions différentes.