Résumé de la décision
Dans cette affaire, le tribunal cambodgien de Phnom-Penh a prononcé le divorce entre les époux X... et Y... à la demande du mari. Dame X... a contesté la décision en demandant que le jugement de divorce soit déclaré inopposable en France, arguant que seules les juridictions françaises étaient compétentes pour traiter des litiges entre Français au Cambodge, et que le protocole franco-cambodgien du 29 août 1953 n'avait pas été publié au moment de la procédure. Les juges ont rejeté cette demande, confirmant que le protocole, une fois ratifié et publié, avait un effet immédiat et rétroactif, rendant les tribunaux français au Cambodge inopérants. De plus, les juges ont estimé que Dame X... avait renoncé à se prévaloir de l'article 15 du Code civil en constituant avocat devant le tribunal cambodgien. Enfin, ils ont jugé que les preuves de l'adultère étaient suffisantes pour justifier le divorce, et que les arguments de Dame X... concernant une éventuelle réconciliation n'avaient pas été soulevés dans le dossier.
Arguments pertinents
1. Compétence des juridictions : Les juges ont affirmé que le protocole du 29 août 1953, une fois publié, avait immédiatement et rétroactivement transféré les compétences judiciaires au gouvernement cambodgien. Ils ont déclaré : « les clauses du traité ont reçu immédiatement application et sont devenues obligatoires, alors même qu'elles avaient un caractère rétroactif ».
2. Renonciation à la compétence : Concernant la renonciation au bénéfice de l'article 15 du Code civil, les juges ont précisé que les époux peuvent valablement renoncer à cette protection, sauf si cela vise à frauder la loi. Ils ont noté que « le point de savoir si un Français a expressément ou tacitement renoncé à se prévaloir des dispositions protectrices des articles 14 et 15 du Code civil est une question de fait qui rentre dans le pouvoir souverain d'appréciation des juges du fond ».
3. Preuve de l'adultère : Les juges ont également rejeté l'argument selon lequel le jugement cambodgien aurait mal appliqué la loi française en se basant sur un aveu d'adultère. Ils ont souligné que le jugement étranger n'était pas contraire à l'ordre public, car l'adultère était corroboré par d'autres éléments et n'était pas le résultat d'une collusion frauduleuse.
Interprétations et citations légales
1. Protocole franco-cambodgien : Le tribunal a interprété le protocole du 29 août 1953 comme ayant un effet immédiat et rétroactif sur la compétence judiciaire. L'article 2 de ce protocole stipule que le transfert des compétences judiciaires « aurait effet à compter du 29 août 1953 en ce qui concerne tous les justiciables des juridictions françaises au Cambodge ».
2. Code civil - Article 15 : La renonciation à la protection prévue par cet article a été un point central de la décision. Les juges ont affirmé que les parties peuvent renoncer à ce bénéfice dans le cadre d'une instance en divorce, sauf si cette renonciation est frauduleuse.
3. Code de procédure civile - Article 79 : Les juges ont noté qu'il ne résultait pas des conclusions du dossier que Dame X... ait soulevé l'exception de réconciliation, ce qui a conduit à écarter cet argument.
En conclusion, la décision a été de rejeter le pourvoi formé contre l'arrêt de la cour d'appel de Rennes, confirmant ainsi la validité du jugement de divorce prononcé au Cambodge.