Résumé de la décision
Dans cette affaire, la Société Civile Immobilière du 2 Boulevard Henri-IV avait chargé la S.A.R.L. Z... de la construction d'un immeuble. Suite à des retards de paiement, les travaux furent suspendus en avril 1955. Les parties convinrent de soumettre leur différend à l'arbitrage d'un architecte, X..., qui devait établir un compte définitif et évaluer des dommages-intérêts. La sentence arbitrale rendue le 19 décembre 1956, condamnant Z... et sa société à 5.500.000 francs, fut contestée pour nullité, car elle aurait statué sur des éléments non prévus dans le compromis. La Cour d'appel confirma le jugement rejetant cette action en nullité. Cependant, la Cour de cassation a annulé cet arrêt, estimant que l'arbitre avait violé les règles de compétence en statuant sur des différends relatifs à des travaux qu'il avait supervisés, ce qui était incompatible avec son rôle d'arbitre.
Arguments pertinents
1. Incompatibilité de la fonction d'arbitre : La Cour de cassation a souligné que X..., en tant qu'architecte chargé de la direction des travaux, ne pouvait pas remplir la fonction d'arbitre pour des différends concernant ces mêmes travaux. Cela constitue une violation des principes d'impartialité et d'indépendance nécessaires à l'arbitrage. La décision précise : « sa qualité de représentant de l'une des parties eut été incompatible avec celle d'arbitre ».
2. Nullité de la sentence arbitrale : La Cour a également affirmé que le compromis ne pouvait porter que sur un différend déjà né et non sur un différend éventuel. En conséquence, la sentence arbitrale était manifestement nulle en vertu de l'article 1028 du Code de procédure civile, qui stipule les conditions de validité d'une sentence arbitrale.
3. Absence de réponse aux conclusions : La Cour de cassation a noté que l'arrêt attaqué n'avait pas répondu aux conclusions de Z..., ce qui constitue une violation des droits de la défense et des exigences de motivation des décisions judiciaires.
Interprétations et citations légales
1. Article 1028 du Code de procédure civile : Cet article stipule que « la sentence arbitrale est nulle si l'arbitre a statué sur des demandes qui n'étaient pas soumises à son arbitrage ». Dans cette affaire, la Cour a conclu que l'arbitre avait statué sur des éléments qui n'étaient pas prévus dans le compromis, ce qui entraîne la nullité de la sentence.
2. Principe d'impartialité en arbitrage : La décision rappelle que « l'arbitre doit être impartial et indépendant ». La Cour a jugé que la double qualité d'architecte et d'arbitre de X... compromettait cette impartialité, ce qui est fondamental pour la validité d'une sentence arbitrale.
3. Limites du compromis : La décision souligne que « le compromis ne peut intervenir que sur un différend déjà né et non sur un différend éventuel ». Cela signifie que les parties doivent avoir un différend concret et actuel pour que l'arbitrage soit valide, ce qui n'était pas le cas ici pour les travaux ultérieurs.
En conclusion, la décision de la Cour de cassation met en lumière l'importance de l'impartialité des arbitres et les limites des compromis d'arbitrage, tout en rappelant les exigences de motivation des décisions judiciaires.