Résumé de la décision
La Cour de cassation a rejeté le pourvoi de la société Herrenschmidt et Cie, qui contestait une décision de la cour d'appel ayant reconnu une faute inexcusable de l'employeur à la suite d'un accident du travail survenu le 6 mai 1957. L'ouvrier X... avait été blessé à l'œil en tentant d'affûter des outils sur une machine dont le dispositif de protection avait été retiré. La cour d'appel a estimé que le contremaître, en rappelant l'interdiction de travailler sans protection mais en ne prenant pas les mesures nécessaires, avait implicitement ordonné à l'ouvrier d'exécuter sa tâche dans des conditions dangereuses, engageant ainsi la responsabilité de l'employeur.
Arguments pertinents
1. Existence de la faute inexcusable : La cour d'appel a jugé que le contremaître avait commis une faute très grave en permettant à l'ouvrier de travailler dans des conditions dangereuses, malgré sa connaissance de l'impossibilité d'utiliser la machine en toute sécurité. La cour a noté que "le contremaître [...] se bornant à rappeler à X... l'interdiction de travailler sans interposition du dispositif de sécurité [...] avait commis une faute très grave".
2. Surveillance de l'employeur : La décision souligne que l'employeur a une obligation de sécurité envers ses employés, et que le fait de laisser l'ouvrier sans surveillance dans une situation à risque constitue une négligence. La cour a affirmé que "l'attitude de la victime [...] ne se trouvait pas atténuée" par la faute de l'employeur.
3. Ordre implicite : La cour a considéré que le rappel de l'interdiction de travailler sans protection, sans interdire explicitement l'utilisation de la machine, constituait un ordre implicite de travailler, ce qui a conduit à l'accident.
Interprétations et citations légales
La décision s'appuie sur l'interprétation de la faute inexcusable telle que définie dans le Code de la sécurité sociale. Selon l'article 468 du Code de la sécurité sociale, la faute inexcusable de l'employeur est caractérisée par une gravité exceptionnelle, qui se manifeste ici par le fait que le contremaître a laissé l'ouvrier travailler dans des conditions manifestement dangereuses.
- Code de la sécurité sociale - Article 468 : Cet article stipule que l'employeur engage sa responsabilité en cas de faute inexcusable, qui est définie comme une négligence ayant conduit à un accident du travail. La cour a appliqué cet article en considérant que la négligence du contremaître, qui avait connaissance des risques, était suffisamment grave pour engager la responsabilité de l'employeur.
La décision rappelle également que "le juge n'est pas tenu de préciser, par une mention expresse de sa décision, que tous les éléments de la faute inexcusable se trouvent réunis", soulignant ainsi que l'appréciation des faits et des circonstances est primordiale pour établir la responsabilité.
En conclusion, la cour a jugé que la société Herrenschmidt et Cie avait failli à son obligation de sécurité, et que cette négligence avait conduit à l'accident, justifiant ainsi le rejet du pourvoi.