Résumé de la décision
Le Syndicat de la métallurgie et parties similaires CFTC de Nantes a contesté un jugement du Tribunal d'instance de Saint-Nazaire qui avait rejeté sa demande d'indemnisation pour les salariés ayant participé à un congé-éducation. Le Tribunal avait estimé que cette indemnisation ne relevait pas des attributions du Comité d'entreprise, considérant qu'elle ne constituait ni une œuvre sociale ni une institution d'entraide ou d'éducation. La Cour de Cassation, par un arrêt du 16 juillet 1964, a cassé ce jugement, affirmant que l'indemnisation versée par le Comité d'entreprise pour le congé-éducation était conforme aux dispositions légales et réglementaires en vigueur, et a renvoyé l'affaire devant le Tribunal d'instance de Paimboeuf.
Arguments pertinents
1. Attributions du Comité d'entreprise : La Cour a souligné que le Comité d'entreprise a pour mission d'assurer ou de contrôler la gestion des œuvres sociales au bénéfice des salariés, indépendamment du mode de financement. Cela est précisé dans l'article 2, paragraphe 2 de l'ordonnance du 22 février 1945 : "Le Comité d'entreprise assure ou contrôle la gestion de toutes les œuvres sociales établies dans l'entreprise au bénéfice des salariés ou de leurs familles".
2. Droit à l'indemnisation : La Cour a également rappelé que les travailleurs ont droit à une indemnisation lorsqu'ils participent à des stages d'éducation ouvrière, comme le stipule la loi du 23 juillet 1957. Le Comité d'entreprise avait donc le droit d'instituer un régime d'indemnités pour compenser la perte de salaire des salariés participant à ces stages.
3. Application des textes : La décision a conclu que le jugement du Tribunal d'instance de Saint-Nazaire avait faussement appliqué les textes en considérant que l'indemnisation ne relevait pas des œuvres sociales. La Cour a affirmé que "l'institution dans les Etablissements Carnaud d'un régime d'indemnités destinées à faciliter l'éducation ouvrière du personnel de cette entreprise entre dans les œuvres sociales".
Interprétations et citations légales
1. Ordonnance du 22 février 1945 - Article 2 : Cet article précise que le Comité d'entreprise doit gérer les œuvres sociales au bénéfice des salariés. La Cour a interprété cela comme incluant les indemnités pour congé-éducation, affirmant que ces indemnités font partie des œuvres sociales, ce qui contredit le jugement de première instance.
2. Décret du 2 novembre 1945 - Article 2 : La Cour a également fait référence à cet article pour soutenir que les indemnités versées par le Comité d'entreprise ne sont pas interdites, tant qu'elles sont destinées aux seuls salariés de l'entreprise. Le jugement a été critiqué pour avoir mal interprété cet article, en ne reconnaissant pas le caractère éducatif de l'indemnisation.
3. Loi du 23 juillet 1957 : Cette loi stipule que les travailleurs peuvent bénéficier d'un congé non rémunéré pour participer à des stages d'éducation ouvrière. La Cour a souligné que le droit à l'indemnisation pour perte de salaire est un droit qui découle de cette loi, renforçant ainsi la légitimité de la demande du Syndicat.
En conclusion, la décision de la Cour de Cassation a été fondée sur une interprétation large et favorable des textes législatifs et réglementaires, affirmant le droit des salariés à bénéficier d'indemnités pour leur participation à des activités éducatives, et a ainsi cassé le jugement précédent qui limitait ces droits.