Résumé de la décision
La Cour de cassation a été saisie d'un pourvoi concernant la prescription de l'action fiscale exercée par l'administration des contributions indirectes à l'encontre de M. X..., pour des infractions fiscales commises en 1961-1962. La Cour d'appel avait rejeté l'exception de prescription en considérant que la rédaction d'un procès-verbal en 1965 avait interrompu la prescription. De plus, la Cour d'appel avait déclaré la société coopérative "La Triple Union" civilement responsable des infractions fiscales commises par M. X..., en raison de son statut de propriétaire des marchandises.
La Cour de cassation a cassé l'arrêt de la Cour d'appel, en jugeant que la rédaction du procès-verbal ne constituait pas un acte interruptif de prescription et que la responsabilité civile de la coopérative ne pouvait pas être engagée sur la base de l'article 1805 du Code général des impôts, en raison de la spécificité des règles de procédure applicables aux infractions en matière de céréales.
Arguments pertinents
1. Prescription de l'action fiscale : La Cour d'appel a fondé son rejet de l'exception de prescription sur le fait que la rédaction du procès-verbal du 5 novembre 1965 avait interrompu la prescription. La Cour de cassation a précisé que "la rédaction dudit procès-verbal qui ne présente point ce caractère" ne pouvait pas être considérée comme un acte interruptif de prescription, contrairement à la déclaration de procès-verbal faite au prévenu.
2. Responsabilité civile de la coopérative : La Cour d'appel a déclaré la coopérative responsable des infractions fiscales commises par M. X... en vertu de l'article 1805 du Code général des impôts. La Cour de cassation a contesté cette interprétation, en affirmant que "l'article 1805 du Code général des impôts n'est pas applicable en matière d'infractions à la législation concernant la défense du marché des céréales", soulignant ainsi la spécificité des règles de procédure en matière de céréales.
Interprétations et citations légales
1. Prescription de l'action fiscale :
- Code de procédure pénale - Article 7 et 8 : Ces articles stipulent que "la prescription de trois ans applicable en matière correctionnelle est interrompue par tous actes d'instruction ou de poursuite". La Cour de cassation a interprété que seuls les actes d'instruction, comme la déclaration de procès-verbal, peuvent interrompre la prescription, et non la simple rédaction d'un procès-verbal.
2. Responsabilité civile :
- Code général des impôts - Article 1805 : Cet article précise que "les propriétaires des marchandises sont responsables du fait de leurs facteurs, agents ou domestiques en ce qui concerne les droits, confiscations, amendes et dépens". La Cour de cassation a noté que cet article ne s'applique pas dans le cadre des infractions liées à la législation sur les céréales, en raison des dispositions spécifiques des articles 33 du décret du 24 avril 1936 et 6 de la loi du 17 décembre 1941, qui régissent la répression des infractions en matière de céréales.
En conclusion, la décision de la Cour de cassation met en lumière l'importance de la distinction entre les actes d'instruction et les actes de procédure, ainsi que la nécessité de respecter les règles spécifiques régissant les infractions fiscales en matière de céréales.