Résumé de la décision
La décision concerne un recours indemnitaire exercé par M. B... à l'encontre du centre hospitalier de Chambéry suite à des complications liées à une prothèse de genou jugée défectueuse, qui a nécessité deux interventions chirurgicales. Le centre hospitalier a appelé en garantie la société Groupe Lépine, producteur de la prothèse. La Cour administrative d'appel de Lyon a initialement condamné le centre hospitalier à indemniser M. B..., tout en rejetant la demande de garantie contre la société. Le Conseil d'État a ensuite transmis la question de la compétence juridictionnelle au Tribunal des conflits, qui a décidé que la juridiction administrative est compétente pour connaître du litige opposant le centre hospitalier à la société Groupe Lépine.
Arguments pertinents
1. Responsabilité du service public hospitalier : Le Tribunal a affirmé que le service public hospitalier est responsable, même sans faute, des dommages résultant de produits défectueux qu'il utilise. L'article n° 2 de la loi du 11 décembre 2001 stipule que « les marchés passés en application du code des marchés publics ont le caractère de contrats administratifs », créant ainsi un cadre pour les litiges relatifs à leur exécution, y compris les recours en garantie.
2. Recours en garantie : Le Tribunal a précisé que le service public hospitalier peut exercer un recours en garantie contre le producteur lorsque celui-ci a fourni un produit ayant entraîné un préjudice. Il cite ainsi que « cette action peut être fondée sur les stipulations du contrat, sur les vices cachés du produit ... ou encore sur les règles issues de la directive précitée ».
Interprétations et citations légales
1. Directive 85/374/CEE : Le Tribunal interprète cette directive comme établissant que « l'absence de faute de la part de l'établissement de santé ne l'exonère pas de sa responsabilité » pour les dommages causés par des produits défectueux. Cette interprétation trouve un écho dans la jurisprudence, notamment dans l'arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne du 21 décembre 2011.
2. Article 2 de la loi du 11 décembre 2001 : Cette disposition renforce l'idée que les litiges issus des marchés publics relèvent du juge administratif. En ce sens, « constituent des litiges relevant de cette compétence, les actions en garantie engagées par un service public hospitalier ».
3. Articles du Code civil (articles 1641 à 1649) : Ceux-ci se rapportent à la garantie contre les vices cachés. Le Tribunal souligne que le recours en garantie peut également s'appuyer sur ces articles, indiquant que la responsabilité du producteur peut être engagée en cas de défaut du produit.
Ainsi, le Tribunal conclut que le litige devra être examiné par la juridiction de l'ordre administratif, en reconnaissant la responsabilité du centre hospitalier et la possibilité pour ce dernier d’exercer un recours contre la société productrice de la prothèse.
Conclusion
La décision illustre la dynamique complexe entre responsabilité et recours en garantie dans le cadre de la responsabilité du fait des produits défectueux, en particulier dans le secteur de la santé, où la protection des usagers et la clarification des compétences juridictionnelles sont cruciales.