Résumé de la décision
Mme A...B..., ressortissante capverdienne, a demandé la délivrance d'une carte de séjour temporaire pour raison de "vie privée et familiale", ce qui a été rejeté par le préfet de l'Essonne dans un arrêté du 13 mai 2015. Elle a alors saisi le Tribunal administratif de Versailles pour annuler cette décision. Par une ordonnance du 7 octobre 2015, le président du tribunal a rejeté sa demande pour tardiveté. Mme B... a fait appel de cette décision. La Cour a annulé l'ordonnance du tribunal, considérant que le recours de Mme B..., qui avait été introduit dans le délai de deux mois prévu par le droit commun, n'était pas tardif et que la notification des délais de recours comportait une erreur. L'affaire a été renvoyée devant le Tribunal administratif de Versailles pour être jugée au fond, et l'État a été condamné à verser 1 500 euros à Mme B... au titre des frais.
Arguments pertinents
Les arguments clés de la décision reposent sur les principes suivants :
1. Erreurs de notification : La Cour souligne que l'erreur dans la notification des délais de recours (qui indiquait un délai de 30 jours inapplicable) prive le recours d'une base légale de condamnation pour tardiveté. Le président du tribunal aurait dû reconnaître que la demande de Mme B... était effectivement dans le délai de recours de deux mois prévu par l'article R. 421-1 du code de justice administrative.
Citation pertinente : « ce délai spécial de trente jours, bien que mentionné à tort... était inapplicable en l'espèce ».
2. Recours de droit commun : La requérante a agi dans le cadre du délai de recours général. L'ordonnance du tribunal administratif était donc irrégulière car elle n'a pas permis à la requérante de répliquer à l'argument de tardiveté. L'ordonnance a également été rendue avant la clôture de l'instruction, ce qui en fait une décision précipitée.
Citation pertinente : « le délai de recours contentieux de droit commun, fixé à deux mois ».
Interprétations et citations légales
La décision repose sur plusieurs articles du code de justice administrative ainsi que sur les principes selon lesquels les textes de loi doivent être appliqués en tenant compte de leur intention législative. Voici les textes cités :
- Code de justice administrative - Article R. 421-1 : Cet article définit le cadre général des délais de recours pour les décisions administratives, en stipulant que « la juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ».
- Code de justice administrative - Article R. 421-5 : Cet article précise que « les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés... dans la notification de la décision », ce qui a clairement été ignoré dans la notification donnée à Mme B..., rendant ainsi le délai de recours initialement imposé inapplicable.
- Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile - Article L. 512-1 : Ce texte établit un délai spécifique aux recours concernant les obligations de quitter le territoire et les décisions de séjour. Dans ce cas, la Cour retient que cette disposition ne s'applique pas, puisque la décision du préfet ne contenait pas d'obligation de quitter le territoire.
L'analyse démontre que la Cour a correctement interprété et appliqué ces articles pour aboutir à une décision fondée sur le respect du droit au recours effectif et sur la nécessité d'une notification correcte des voies et délais de recours. Cela met en évidence l'importance des formalités administratives dans le cadre du droit des étrangers et de leurs recours.