Résumé de la décision
Le Conseil d'État a été saisi par le haut-commissaire de la République en Polynésie française concernant la légalité de certaines dispositions de la "loi du pays" adoptée le 26 novembre 2015. Ces dispositions réglementent l'activité de généalogie en prévoyant des conditions pour l'obtention d'une carte professionnelle, notamment l'exigence d'un diplôme universitaire en généalogie successorale et la maîtrise d'une langue polynésienne. Le Conseil d'État a jugé que ces exigences portaient atteinte au principe d'égalité devant la loi, les déclarant illégales et non susceptibles d'application.
Arguments pertinents
1. Liberté d'entreprendre et intérêt général :
Le Conseil a reconnu que l'assemblée de la Polynésie française pouvait légitimement imposer des restrictions à la liberté d'entreprendre pour des raisons d'intérêt général, tant que ces restrictions ne sont pas disproportionnées par rapport à l'objectif visé. La mesure visait à professionnaliser l'activité de généalogiste et à protéger les consommateurs dans un contexte foncier complexe.
> "La subordination de l'exercice de l'activité de généalogiste [...] à la délivrance d'une carte professionnelle [...] constitue un motif d'intérêt général."
2. Principe d'égalité :
Cependant, le Conseil a constaté que les critères imposés étaient manifestement disproportionnés par rapport à l'objectif poursuivi. Il a souligné que le diplôme exigé ne garantissait pas nécessairement un niveau de compétence adéquat par rapport à d'autres formations possibles.
> "La différence de traitement qui résulte de la condition [...] imposant 'l'obtention d'un diplôme universitaire approfondi en généalogie successorale' est manifestement disproportionnée."
3. Connaissance d'une langue polynésienne :
L'exigence d'une maîtrise parfaite d'une langue polynésienne a également été jugée disproportionnée, alors que la connaissance de cette langue, bien qu'utile, ne doit pas être une condition exclusive pour l'exercice de la profession.
> "Il découle de la condition litigieuse [...] une différence de traitement manifestement disproportionnée à l'objectif poursuivi."
Interprétations et citations légales
1. Liberté d'entreprendre :
Le Conseil d'État interprète la liberté d'entreprendre comme une garantie fondamentale qui ne peut être restreinte que pour des raisons d’intérêt général, sous réserve que ces restrictions ne soient pas excessives. Cela fait référence à l'article 4 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen.
> "Le moyen tiré de l'atteinte illégale portée à la liberté d'entreprendre [...] ne peut qu'être écarté."
2. Principe d'égalité :
Le principe d'égalité, quant à lui, est un principe constitutionnel qui interdit les différences de traitement non justifiées. Le Conseil précise que toute dérogation à ce principe doit être justifiée par un rapport direct avec l’objet du texte en discussion.
> "Le principe d'égalité ne s'oppose ni à ce qu'une 'loi du pays' règle de façon différente [...] ni à ce qu'elle déroge à l'égalité pour des raisons d'intérêt général."
3. Loi organique :
La décision est fondée sur les dispositions de la loi organique n° 2004-192 du 27 février 2004 qui encadre l’élaboration des lois du pays en Polynésie française.
> "Conformément aux dispositions de l'article 176 de la loi organique [...], le haut-commissaire de la République en Polynésie française défère au Conseil d'État."
La décision du Conseil d'État souligne ainsi l'importance de respecter les principes fondamentaux de liberté et d'égalité dans l'élaboration des normes réglementaires, en équilibrant les objectifs d'intérêt général avec les droits individuels.