Résumé de la décision
La décision concerne la demande de Mme A... visant à obtenir l'annulation de la décision implicite du Premier ministre refusant de prendre un décret spécifique relatif à l'intégration des agents des collectivités territoriales affectés au service public de la justice. Le Conseil d'Etat a jugé que le Premier ministre était dans l'obligation de prendre ce décret en raison des dispositions légales existantes et a annulé le refus. Il a également enjoint le Premier ministre à adopter le décret dans un délai de six mois, tout en accordant à Mme A... une somme de 3 000 euros de l'Etat pour couvrir ses frais de justice.
Arguments pertinents
1. Obligation réglementaire du Premier ministre : Le Conseil d'Etat a rappelé que le Premier ministre a le devoir d'exécuter les lois dans un délai raisonnable, en se basant sur l'article 21 de la Constitution, qui stipule que le Premier ministre "assure l'exécution des lois" et "exerce le pouvoir réglementaire". L'existence d'un délai raisonnable était fondamental dans cette affaire, car le manquement à cette obligation entraîne une illégalité de l'abstention du Premier ministre.
2. Intégration des agents : L'article 87 de la loi du 7 janvier 1983 et l'article 8 du décret du 3 mai 1988 précisent que les modalités d'intégration des agents des collectivités territoriales au service public de la justice doivent être établies par décret. Le Conseil précise que le Premier ministre n'a pas de pouvoir d'appréciation concernant cette obligation, ce qui signifie qu'il doit agir pour élaborer les conditions d'intégration.
3. Délai de prise de décret : Suite à l'annulation de la décision implicite, le Conseil a ordonné que le décret soit pris dans un délai de six mois. Cela démontre l'engagement du Conseil d'Etat à garantir que les droits des agents concernés soient respectés dans un cadre temporel défini.
Interprétations et citations légales
La décision s'appuie sur plusieurs textes législatifs qui établissent les fondements de l'analyse :
1. La Constitution :
- Article 21 : "Le Premier ministre assure l'exécution des lois et exerce le pouvoir réglementaire".
- Ce droit et cette obligation d'agir sont cruciaux pour établir l'étendue des responsabilités du Premier ministre.
2. Loi n° 83-8 du 7 janvier 1983 :
- Article 87 : "Les agents des collectivités territoriales qui, à la date de publication de la présente loi, sont affectés au service public de la justice, peuvent sur leur demande, être intégrés dans des corps des fonctionnaires de l'Etat".
- Cet article définit les droits d'intégration des agents et la nécessité d'un décret pour en fixer les modalités.
3. Décret n° 88-599 du 3 mai 1988 :
- Article 8 : "Les agents non titulaires des collectivités territoriales affectés au service public de la justice à la date du 9 janvier 1983... peuvent, sur leur demande, être intégrés et titularisés".
- La mention d’un décret particulier pour le secrétariat de l'officier du ministère public sous-entend la spécialisation de la réglementation à cet égard.
En conclusion, le Conseil d'Etat insiste sur le fait que le Premier ministre, en tant qu'organe exécutif, ne peut contourner ses obligations réglementaires sans en justifier la pertinence, d'où l'annulation de la décision de refus et l'injonction de prendre le décret nécessaire dans un délai imparti.