Résumé de la décision
La décision concerne le licenciement de Mme A..., déléguée du personnel de la société Haller, après le transfert de son contrat de travail à la société René Graf suite à une cession de fonds de commerce. L'inspecteur du travail a autorisé son licenciement pour motif économique, mais le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté la demande de Mme A... d'annuler cette décision. La cour administrative d'appel de Nancy a, cependant, annulé ce jugement, ce qui a conduit la société René Graf à se pourvoir en cassation. Le Conseil d'État a confirmé l'annulation en rejetant le pourvoi de René Graf et en condamnant cette société à verser des frais à Mme A....
Arguments pertinents
1. Transfert de contrat de travail : Selon l’article L. 1224-1 du code du travail, "tous les contrats de travail en cours au jour de la modification subsistent entre le nouvel employeur et le personnel de l'entreprise". Dans ce cas, le transfert de contrat s’est effectué automatiquement, Mme A... bénéficiant de la protection liée à son statut de déléguée du personnel.
2. Licenciement pour motif économique : Le Conseil d'État a rappelé que pour qu'un licenciement soit qualifié de "motif économique", il doit reposer sur des justifications non inhérentes à la personne du salarié. Il a été constaté que la société René Graf n’avait pas démontré la réalité de ses difficultés économiques. L’autorité administrative aurait dû examiner la situation économique globale de toutes les sociétés du groupe René Graf, et non se limiter aux difficultés de la seule société Haller.
3. Contrôle judiciaire : Le juge a souligné que l’inspecteur du travail est tenu de vérifier la justification des motifs économiques dans le cas de licenciements, ce qui implique un contrôle de la situation économique de l’ensemble du groupe. L'arrêt attaqué n'a pas commis d'erreur en déduisant que la société René Graf n’avait pas fourni d’éléments probants.
Interprétations et citations légales
- Article L. 1224-1 du code du travail : Cet article stipule que le transfert des contrats de travail est automatique lors d’un changement de l'employeur. Cela implique que les droits et obligations liés à ces contrats se poursuivent, même après un rachat d’entreprise. Cela rejoint la protection accordée aux représentants syndicaux ou aux délégués du personnel, renforçant leurs droits face aux mutations économiques.
- Article L. 1233-3 du code du travail : La définition d'un licenciement économique, qui se fonde sur des motifs ne concernant pas directement la personne du salarié. Dans ce jugement, le Conseil d'État a insisté sur le fait que l'autorité administrative (inspecteur du travail) doit examiner la situation économique de l'ensemble des sociétés ayant un lien avec l'entreprise en question, ce qui n’a pas été fait dans le cas de la société René Graf.
- Droit administratif – Article L. 761-1 : Ce texte prévoit la possibilité de condamner la partie perdante à verser des frais de justice. Le Conseil d'État a ainsi alloué à Mme A... une somme de 3 000 euros au titre de ces frais, en conséquence de l’issue favorable de son recours contre le licenciement.
La décision réaffirme ainsi l'importance d'une protection robuste des salariés, en particulier ceux investis de fonctions représentatives, lors de modifications de la situation d'employeurs et dans le cadre de licenciements économiques.