Résumé de la décision
Dans une affaire opposant l'association des Cités du secours catholique à M. A... B..., délégué du personnel, le ministre du travail avait autorisé le licenciement de M. B... pour faute. Cependant, M. B... contestait cette décision, et la cour administrative d'appel de Paris a annulé l'autorisation de licenciement en raison d'une irrégularité dans la procédure de consultation du comité d'entreprise. L'association a alors saisi le Conseil d'Etat afin d'annuler l'arrêt de la cour d'appel. Le Conseil d'Etat a donné raison à l'association, annulant l'arrêt contesté, et renvoyant l'affaire à la cour administrative d'appel.
Arguments pertinents
1. Protection des salariés représentatifs : Le Conseil d'Etat rappelle que les salariés investis de fonctions représentatives bénéficient d’une protection exceptionnelle, expliquant que leur licenciement ne doit pas être lié à ces fonctions. Il cite ainsi que "lorsque le licenciement de l'un de ces salariés est envisagé, il ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives."
2. Procédure de licenciement : Il est stipulé que toute demande de licenciement d'un salarié protégé doit être soumise au comité d'entreprise, qui doit se prononcer au scrutin secret. Le Conseil d'Etat souligne qu'il est de la responsabilité de l'administration de s'assurer de la régularité de la consultation du comité d'entreprise : "l'administration ne peut légalement accorder l'autorisation demandée que si le comité d'entreprise a été mis à même d'émettre son avis en toute connaissance de cause."
3. Erreur de droit de la cour d'appel : Le Conseil d'Etat constate que la cour administrative d'appel a statué sans vérifier si le vice de consultation (vote à main levée) a pu influencer le résultat de l'avis, ce qui constitue une erreur de droit. Il est affirmé que si l'avis était unanimement défavorable, cela n'exclut pas la nécessité de prouver que le vice a eu un impact sur la procédure.
Interprétations et citations légales
1. Protection des délégués : L’article L. 2421-3 du Code du travail précise que "tout licenciement envisagé par l'employeur d'un délégué du personnel... est obligatoirement soumis au comité d'entreprise." Cela souligne l'importance de la procédure dans la protection des salariés représentant leurs collègues.
2. Régularité de la consultation : L’article R. 2421-9 du Code du travail mentionne que "l'avis du comité d'entreprise est exprimé au scrutin secret après audition de l'intéressé." Ici, une consultation non conforme, comme un vote à main levée, ouvre la porte à des contestations quant à la validité de l'avis rendu.
3. Erreur de droit : Le Conseil d'Etat a jugé que le "vice affectant la tenue de ce vote" devrait être examiné pour déterminer s'il a pu "fausser sa consultation." Cette jurisprudence souligne la nécessité d'une analyse minutieuse des impacts de la procédure sur l'issue des délibérations, tout en maintenant une protection efficace pour les salariés concernés.
Ces éclairages juridiques et administratifs démontrent non seulement la complexité des litiges entourant le licenciement de représentants des salariés, mais aussi l'importance de la conformité aux règles procédurales pour garantir leurs droits.