Résumé de la décision
Dans cette affaire, M. F... C..., hospitalisé le 8 novembre 1995 au centre hospitalier de Roubaix, est décédé le 20 décembre 1995 d'une septicémie. Sa veuve et ses enfants avaient obtenu une première indemnisation par un jugement du tribunal administratif de Lille, mais cette décision avait été révisée en appel, réduisant le montant initialement accordé. Les requérants se pourvoient en cassation contre l'arrêt de la cour administrative d'appel de Douai qui avait rejeté le surplus de leurs conclusions. La Cour a annulé l'arrêt attaqué en raison d'erreurs dans l'évaluation de la perte de chance de survie et du préjudice économique, ordonnant que l'affaire soit renvoyée à la cour d'appel pour réexamen.
Arguments pertinents
1. Dénaturation des pièces du dossier : La Cour a constaté que la cour administrative d'appel avait dénaturé les éléments d'expertise en réduisant le taux de perte de chance de survie à 60 %, alors que l'expert avait initialement évalué cette perte à 80 %. La cour a précisé que "la perte de chance retenue par l'expert prenait déjà en compte l'état de santé dégradé du patient à la date de son admission".
2. Erreur sur le calcul du préjudice économique : La cour a relevé que, pour évaluer le préjudice économique, la cour d'appel avait utilisé le revenu moyen du ménage de 1995 sans actualisation, ce qui constituait une "erreur de droit". En outre, le coefficient de capitalisation appliqué pour estimer les pertes de revenus futurs était insuffisamment motivé, car la cour n'avait pas précisé le barème utilisé.
Interprétations et citations légales
- Évaluation de la perte de chance : Selon le principe établi par le droit administratif, la perte de chance peut donner droit à une indemnisation quand elle est dûment établie. Ici, le rapport d'expertise, qui fixait la perte de chance à 80%, aurait dû être respecté, car "la cour a dénaturé les pièces du dossier".
- Code de justice administrative - Article L. 761-1 : Cet article prévoit que "la perte de chance de survie", ainsi que les obligations d'indemnisation, doivent être scrupuleusement évaluées et justifiées. La Cour a jugé que les erreurs dans l'évaluation du préjudice justifiaient l'annulation de l'arrêt.
- Actualisation des revenus : La nécessité d'actualiser les montants des préjudices en tenant compte de l'inflation ou des fluctuations économiques est ancrée dans la jurisprudence administrative. L'absence d'actualisation des revenus de référence pour un calcul encaissant plusieurs années est une "erreur de droit", mettant ainsi en exergue l'importance de la précision dans la fixation des montants dus aux victimes.
Cette décision souligne donc la rigueur nécessaire dans l’évaluation des préjudices pour assurer une juste indemnisation des victimes, en prenant en compte les éléments d'expertise avec diligence et exactitude.