Résumé de la décision
La Cour de cassation, dans l'arrêt n° 444 F-D rendu le 8 mars 2018, a statué sur une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) soulevée par l'établissement public Tisseo et le Syndicat mixte des transports en commun (SMTC) concernant la conformité de certaines dispositions du Code du travail aux principes d'égalité devant la loi et d'égalité devant les charges publiques. Ces établissement faisaient l'objet d'un redressement par l'URSSAF, qui contestait l'application d'exonérations de cotisations sociales au titre des contrats de professionnalisation. La Cour a décidé qu'il n'y avait pas lieu de renvoyer la question au Conseil constitutionnel.
Arguments pertinents
1. Non-nouvelle nature de la question : La Cour indique que la question posée ne revêt pas un caractère nouveau car elle ne porte pas sur une interprétation d'une disposition constitutionnelle que le Conseil constitutionnel n'aurait pas eu l'occasion d'appliquer précédemment. Cela est essentiel pour juger de la recevabilité de la QPC.
2. Principe d'égalité : La Cour souligne que le principe constitutionnel d'égalité ne s'oppose pas à une réglementation différente pour des situations distinctes, ni à des dérogations pour des motifs d'intérêt général, tant que ces différences sont en rapport direct avec l'objet de la loi. Cela est illustré par le raisonnement suivant : « il ne saurait être sérieusement soutenu que les dispositions critiquées... portent atteinte au principe d'égalité invoqué ».
3. Systèmes juridiques distincts : La Cour établit une distinction entre les établissements publics à caractère administratif et ceux à caractère industriel et commercial, en arguant que les premiers ne sont pas assujettis au même régime de financement de la formation professionnelle.
Interprétations et citations légales
1. Code du travail : Les articles contestés sont les suivants :
- Code du travail - Article L. 950-1 ancien (devenu L. 6331-1)
- Code du travail - Article L. 981-6 ancien
Ces articles sont critiqués en raison de leur exclusion des établissements à caractère administratif du champ d'application des exonérations suscitées par les contrats de professionnalisation.
2. Déclaration des droits de l'homme et du citoyen : Les principes d'égalité devant la loi et devant les charges publiques sont ancrés dans :
- Article 6 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789
- Article 13 de la même déclaration
La Cour de cassation, en rappelant ces articles, argue que la loi peut établir des différences de traitements pour des raisons d'intérêt général et que cela ne constitue pas en soi une violation des principes d'égalité.
3. Raisonnement du juge : La Cour conclut que « la différence de traitement qui en résulte soit en rapport direct avec l'objet de la loi qui l'établit », ce qui justifie que les établissements à caractère administratif ne bénéficient pas de l'exonération en question.
Ainsi, la décision illustre la compétence de la Cour de cassation à examiner non seulement les questions juridiques en jeu mais aussi les implications constitutionnelles des dispositions de droit.