Résumé de la décision
La Cour de cassation, dans sa décision du 10 novembre 2022 (décision n° 10704 F, pourvoi n° P 21-14.287), a rejeté le pourvoi formé par la société [3] contre l'arrêt de la cour d'appel de Rennes. La société contestait la prise en charge au titre de la législation professionnelle de la maladie de M. [G], arguant d'une prescription sur la déclaration de la maladie. La Cour a considéré que le premier moyen de cassation n'était pas de nature à entraîner la cassation et a donc rejeté le pourvoi, condamnant la société [3] aux dépens et à verser 3 000 euros à la caisse primaire d'assurance maladie.
Arguments pertinents
1. Sur la charge de la preuve : La société [3] soutenait que la caisse de sécurité sociale devait prouver que la demande de prise en charge de la maladie était recevable au regard de la prescription. Par conséquent, elle devait démontrer qu'à la date de la première constatation de la maladie, M. [G] ne connaissait pas le lien possible entre sa maladie et son activité professionnelle.
> "Il appartient à la caisse de sécurité sociale subrogée dans les droits du salarié qu'elle a indemnisé de démontrer qu'elle a vérifié la recevabilité de la demande de prise en charge de la maladie au titre de la législation professionnelle au regard, notamment, de la prescription."
2. Sur la date de constatation médicale : La cour d'appel a estimé que la déclaration de la maladie professionnelle de M. [G] n'était pas prescrite, car le certificat médical initial mentionnait une première constatation antérieure à la déclaration formelle. La cour a cependant noté que le dossier ne permettait pas de déterminer précisément la nature de la constatation.
> "Les pièces du dossier ne permettent pas de déterminer à quoi correspond la date du 14 mars 2006."
Interprétations et citations légales
1. Prescription de la demande : Selon l’article L. 431-2 du Code de la sécurité sociale, la prise en charge d'une maladie professionnelle doit respecter un cadre temporel précis, sans lequel la demande peut être déclarée prescrite. La cour a jugé que la caisse de sécurité sociale devait être en mesure de prouver que le salarié n'avait pas de connaissance suffisante du lien entre sa maladie et son activité professionnelle au moment de la première constatation.
> Code de la sécurité sociale - Article L. 431-2 : « La demande de prise en charge d'une maladie professionnelle doit être faite dans un délai de deux ans à compter de la première constatation médicale de la maladie. »
2. Charge de la preuve : La cour a également fait référence aux articles 1315 et 1353 du Code civil, qui établissent les principes de la charge de la preuve dans les contentieux. La responsabilité de la preuve incombait à la caisse de sécurité sociale qui devait démontrer que le salarié n'avait pas pu établir un lien entre sa maladie et son travail avant la déclaration.
> Code civil - Article 1353 : « Celui qui réclame l'exécution d'une obligation doit la prouver. »
Cette décision met en lumière les enjeux concernant la prise en charge des maladies professionnelles et la nécessité pour la caisse de sécurité sociale de justifier le respect des conditions légales, tant sur le plan de la prescription que sur la connaissance du lien éventuel avec l'activité professionnelle de l'assuré.