Résumé de la décision
Dans cette affaire, le Groupement des Mareyeurs de Concarneau a commandé trois chalutiers à la Société des Ateliers et Chantiers de la Manche (A.C.M.), qui a ensuite fait appel à la Société Sulzer pour les moteurs et à la Société Messian pour les réducteurs-inverseurs. Après la livraison des navires, des avaries ont été constatées, d'abord dues à des déformations des coques, puis à un mauvais fonctionnement des réducteurs-inverseurs. Suite à une expertise, le Groupement a assigné l'A.C.M. en réparation, qui a ensuite appelé en garantie Sulzer et Messian. La Cour d'appel a condamné l'A.C.M. à réparer le dommage et a accueilli le recours de l'A.C.M. contre Sulzer. Sulzer a contesté cette décision, notamment sur la base de l'absence de vice caché prouvé et de la responsabilité.
La Cour de cassation a rejeté les premiers moyens de Sulzer, mais a cassé l'arrêt en ce qui concerne le recours en garantie contre Messian, considérant que la Cour d'appel avait violé le Code de procédure civile en déclarant ce recours irrecevable.
Arguments pertinents
1. Sur la recevabilité du recours en garantie : La Cour de cassation a souligné que le moyen soulevé par Sulzer, qui contestait la décision de la Cour d'appel sur la base de l'absence de vice caché, était irrecevable car il n'avait pas été soulevé devant les juges du fond. La Cour a affirmé que « le moyen qui n'a pas été soulevé par la société Sulzer devant les juges du fond et qui est mêlé de fait et de droit, est donc irrecevable comme nouveau ».
2. Sur la responsabilité de Sulzer : La Cour d'appel a justifié sa décision en se basant sur le rapport d'expertise, qui a établi que les réducteurs-inverseurs étaient affectés d'un vice caché. La Cour a noté que « les experts... ont constaté que les détériorations des dentures... ont consisté en corrosions importantes et profondes », ce qui a conduit à la conclusion que Sulzer devait répondre envers l'A.C.M.
3. Sur le préjudice supplémentaire : La Cour d'appel a reconnu l'existence d'un préjudice complémentaire, ce qui a permis de justifier la répartition des dommages-intérêts entre l'A.C.M. et Sulzer. La Cour a déclaré que « la demande de dommages-intérêts supplémentaires formée par le groupement pour trouble commercial » était fondée, ce qui a permis de fixer le montant du préjudice supplémentaire.
Interprétations et citations légales
1. Code de procédure civile - Article 445, paragraphe 4 : Cet article stipule que nul n'est recevable, en sa seule qualité d'intime, à demander par conclusions une condamnation contre un autre intime. La Cour de cassation a constaté que la Cour d'appel avait violé cet article en déclarant irrecevable le recours en garantie de Sulzer contre Messian, qui était déjà en cause comme intimé.
2. Sur la notion de vice caché : La Cour d'appel a fondé sa décision sur les conclusions des experts, qui ont établi que les réducteurs-inverseurs présentaient des défauts non visibles lors de la livraison. Cela soulève des questions sur la responsabilité des fabricants et la nécessité d'une preuve solide pour établir l'existence d'un vice caché. La Cour a précisé que « les experts... ont éliminé toutes les causes possibles... comme n'étant pas les causes véritables des détériorations », ce qui renforce l'idée que la responsabilité de Sulzer était engagée.
3. Sur la répartition des dommages-intérêts : La Cour d'appel a souverainement évalué le montant du préjudice supplémentaire et a justifié la répartition entre les parties. Cette évaluation est essentielle pour comprendre comment les juridictions peuvent interpréter et appliquer les principes de responsabilité et de réparation dans des cas complexes impliquant plusieurs parties.
En conclusion, cette décision illustre les défis liés à la preuve de la responsabilité dans les contrats complexes et l'importance des rapports d'expertise dans l'établissement des vices cachés. La Cour de cassation a également rappelé les règles de procédure concernant les recours en garantie, soulignant l'importance de respecter les étapes procédurales pour garantir l'équité dans le traitement des litiges.