Résumé de la décision
La Cour d'appel de Rennes a confirmé, par un arrêt rendu le 4 juillet 1963, la décision de fermer l'usine de la société J. Guyomarc'h, qui avait été jugée en infraction avec les stipulations du cahier des charges du lotissement de Poignant-Gare à Vannes. Ce cahier des charges interdisait l'implantation d'établissements susceptibles d'incommoder les voisins. La cour a estimé que l'exploitation de l'usine causait des nuisances intolérables, justifiant ainsi la fermeture de l'établissement.
Arguments pertinents
1. Violation des stipulations du cahier des charges : La cour a souligné que l'usine Guyomarc'h, classée en troisième catégorie, contrevenait à l'article 6 du cahier des charges, qui prohibait les établissements de la deuxième et de la troisième catégorie. La cour a constaté que les nuisances causées par l'usine étaient "nettement intolérables", ce qui justifiait la décision de fermeture.
> "Ils présentaient un caractère nettement intolérable et de ce fait ils tombaient sous le coup de la prohibition instituée par le cahier des charges."
2. Inadéquation des remèdes proposés : La cour a rejeté les arguments de la société Guyomarc'h, qui soutenait que des travaux effectués en vertu d'un arrêté préfectoral avaient permis de rendre l'usine conforme. La cour a noté que, selon l'avis des experts, il était impossible de supprimer totalement les nuisances.
> "Il n'était pas possible de supprimer totalement les inconvénients dus au fonctionnement de l'usine."
3. Compétence de l'autorité judiciaire : La cour a affirmé que l'autorité judiciaire était seule compétente pour décider des mesures à prendre en cas de violation d'une servitude réelle. En statuant sur la fermeture de l'usine, la cour a agi dans le cadre de ses attributions.
> "L'autorité judiciaire est seule compétente pour décider des mesures à prendre en cas de violation d'une servitude réelle contractuellement fixée par les parties."
Interprétations et citations légales
1. Cahier des charges : L'article 6 du cahier des charges a été interprété comme établissant une servitude réelle interdisant l'implantation d'établissements nuisibles. La cour a considéré que la nature des nuisances causées par l'usine était suffisamment grave pour justifier une action en justice.
2. Principe de la séparation des pouvoirs : La cour a précisé que la séparation des pouvoirs ne s'appliquait pas dans ce cas, car elle agissait dans le cadre de ses compétences pour protéger les droits des propriétaires du lotissement. Cela souligne l'importance de la protection des droits contractuels dans le cadre des servitudes réelles.
> "La cour d'appel a statué dans les limites de ses attributions et n'a donc pas violé le principe de la séparation des pouvoirs."
3. Code civil - Article 544 : Cet article définit la propriété et les servitudes, établissant que le propriétaire d'un fonds peut faire respecter les servitudes qui pèsent sur son bien. La décision de la cour s'inscrit dans cette logique de protection des droits des propriétaires face aux nuisances causées par des tiers.
En conclusion, la décision de la Cour d'appel de Rennes repose sur une interprétation stricte des stipulations du cahier des charges et sur la reconnaissance des droits des propriétaires à faire respecter ces stipulations, tout en affirmant la compétence de l'autorité judiciaire dans ce domaine.