Résumé de la décision
La Cour de cassation a rejeté le pourvoi formé par Z..., locataire évincé, contre un arrêt de la Cour d'appel de Grenoble du 23 mai 1961. Les faits de l'affaire concernent le refus de renouvellement d'un bail commercial par Y..., propriétaire des locaux, et la fixation de l'indemnité d'éviction due à Z... suite à son éviction. La Cour d'appel a homologué le rapport d'expertise qui a évalué l'indemnité d'éviction à 20 500 francs, en se basant sur la valeur des locaux et non sur le chiffre d'affaires ou les bénéfices réalisés par le fonds de commerce, qui étaient jugés déficitaires.
Arguments pertinents
1. Sur les moyens réunis : Le pourvoi a été jugé infondé car l'arrêt attaqué respectait les exigences procédurales du Code de procédure civile, notamment l'article 141 nouveau, qui a supprimé certaines formalités. La Cour a affirmé : « l'instance d'appel était soumise à l'article 141 nouveau du Code de procédure civile qui a supprimé les qualités ».
2. Sur le troisième moyen : La Cour a constaté que l'évaluation de la valeur marchande du fonds de commerce était problématique et que seule la situation des locaux pouvait représenter une certaine valeur. Elle a souligné que l'expert avait correctement pris en compte les résultats déficitaires de l'exploitation commerciale, ce qui a justifié la décision de l'arrêt : « l'exploitation a toujours été pratiquement déficitaire, seules les années 1952 et 1955 ayant laissé de légers excédents ».
3. Sur le quatrième moyen : La Cour a précisé que l'indemnité d'éviction avait été fixée en tenant compte de l'époque de l'éviction, ce qui était conforme à la loi. Elle a noté que la Cour d'appel avait implicitement répondu aux conclusions du locataire en se plaçant à l'époque de l'éviction : « la Cour d'appel a déterminé le montant de l'indemnité due à Z..., en se plaçant à l'époque de son éviction ».
Interprétations et citations légales
1. Article 141 nouveau du Code de procédure civile : Cet article a modifié les exigences procédurales en matière d'appel, supprimant certaines formalités antérieures. La Cour a appliqué cet article pour justifier que l'arrêt attaqué ne nécessitait pas de mentionner les qualités du magistrat.
2. Évaluation de l'indemnité d'éviction : La Cour a interprété la nécessité de se baser sur la situation des locaux plutôt que sur les résultats déficitaires du fonds de commerce. Cela s'inscrit dans le cadre de l'indemnisation pour préjudice, où la valeur marchande au moment de l'éviction doit être considérée, mais en tenant compte des réalités économiques.
3. Article 1728 du Code civil : Bien que non cité explicitement dans le texte, cet article régit les baux commerciaux et les droits des locataires en matière d'indemnité d'éviction. La décision de la Cour d'appel de se baser sur la valeur des locaux en tant que pas de porte est conforme à l'esprit de cet article, qui vise à protéger les intérêts des locataires évincés.
En somme, la décision de la Cour de cassation illustre l'importance de l'évaluation précise des éléments constitutifs d'un fonds de commerce et le respect des procédures légales en matière d'indemnisation.