Résumé de la décision
La Cour de cassation a joint deux pourvois (n° 64-70 145 et n° 64-70 146) concernant une expropriation dont Dame X... était la propriétaire. Elle contestait la décision de la Cour d'appel de Rennes qui avait fixé l'indemnité d'expropriation. La cour a rejeté les pourvois, considérant que les juges d'appel avaient correctement appliqué la législation en vigueur et n'avaient pas méconnu les droits de la requérante.
Arguments pertinents
1. Incompétence des juges d'appel : Dame X... a soutenu que la Cour d'appel avait violé son droit à un double degré de juridiction en fixant l'indemnité d'expropriation. Cependant, la Cour de cassation a jugé que les juges d'appel avaient appliqué correctement l'article 24 de l'ordonnance du 23 octobre 1958, en se déclarant incompétents pour traiter d'une difficulté qui ne relevait pas de leur compétence. Ils ont donc agi conformément à la loi en fixant l'indemnité pour le compte de qui il appartiendra.
2. Application de la loi sur l'indemnité : Dans le second pourvoi, il a été contesté que la Cour d'appel ait appliqué la loi du 26 juillet 1962 pour le calcul de l'indemnité, alors que les parties n'avaient pas invoqué cette loi. La Cour de cassation a répondu que le droit à indemnité naît à la date de l'ordonnance d'expropriation, et que le juge doit appliquer la loi en vigueur, même si aucune des parties ne l'a requise.
3. Révision de la valeur du bien : Concernant le troisième moyen, il a été reproché à la Cour d'appel de ne pas avoir respecté les dispositions de l'article 21 de l'ordonnance du 23 octobre 1958. La Cour de cassation a précisé que les juges d'appel avaient correctement constaté l'impossibilité d'appliquer l'indice légal à la date de référence et avaient donc légitimement choisi un autre mode de révision basé sur le coefficient départemental.
Interprétations et citations légales
1. Article 24 de l'ordonnance du 23 octobre 1958 : Cet article stipule que les juridictions doivent se déclarer incompétentes pour des difficultés qui ne relèvent pas de leur domaine. La Cour de cassation a souligné que les juges d'appel avaient fait une "exacte application" de cette disposition en se déclarant incompétents pour une difficulté qui ne leur était pas soumise.
2. Application des lois en vigueur : La Cour de cassation a affirmé que "le droit à indemnité prend naissance à la date de l'ordonnance d'expropriation". Cela signifie que le juge doit appliquer la législation en vigueur au moment de l'expropriation, même si les parties n'en ont pas fait la demande.
3. Article 21 de l'ordonnance du 23 octobre 1958 : Cet article précise que le juge doit estimer la valeur du bien exproprié en tenant compte des variations du coût de construction. La Cour a noté que les juges d'appel avaient agi correctement en choisissant de réviser la valeur du bien en fonction du coefficient départemental, une fois qu'ils avaient constaté l'impossibilité d'appliquer l'indice légal.
En conclusion, la décision de la Cour de cassation a confirmé que les juges d'appel avaient agi dans le respect des lois applicables et des principes de compétence judiciaire, rejetant ainsi les pourvois de Dame X... contre les décisions rendues par la Cour d'appel de Rennes.