Résumé de la décision
Dans cette affaire, la société l'Européenne d'embouteillage conteste un jugement du tribunal administratif d'Orléans qui avait rejeté sa demande de décharge de cotisations supplémentaires de taxe foncière sur les propriétés bâties pour les années 2011 et 2012, après une vérification de comptabilité qui a conduit à un rehaussement de la valeur locative de son établissement. La cour a annulé le jugement contesté, jugeant que le tribunal avait commis une erreur de droit concernant l'application des règles de détermination des modifications de valeur locative, et a renvoyé l'affaire pour réexamen. Elle a également condamné l'État à verser une somme à la société au titre des frais de justice.
Arguments pertinents
1. Droit à la rectification de la valeur locative: Le tribunal administratif a jugé que des changements de consistance ou d'affectation postérieurs à la date de fait générateur de l'imposition sont sans incidence sur l'appréciation du seuil de 10% de modification de la valeur locative. La cour a contredit cette interprétation en affirmant que l'administration était tenue de corriger la valeur locative au regard des changements pertinents identifiés, qu'ils soient antérieurs ou postérieurs au fait générateur.
2. Obligation de l'administration: La cour souligne que "l'administration est en droit [...] de constater annuellement les changements de caractéristiques physiques ou les changements d'environnement" et qu'elle doit prendre en compte l’ensemble des modifications affectant la valeur locative, afin de faire une évaluation juste.
Interprétations et citations légales
Les interprétations des textes de loi jouent un rôle crucial dans cette décision :
- Code général des impôts - Article 1415: "La taxe foncière sur les propriétés bâties [...] est établie pour l'année entière d'après les faits existants au 1er janvier de l'année de l'imposition". Ce passage établit la notion de fait générateur pour l'imposition, en particulier le 1er janvier, mais doit être conçu en relation avec la possibilité de révision de la valeur locative.
- Code général des impôts - Article 1517: Le 1 du I stipule que "il est procédé, annuellement, à la constatation des constructions nouvelles et des changements de consistance ou d'affectation". La cour fait valoir ici que les modifications économiques subies par une propriété durant l'année d'imposition doivent être prises en compte pour évaluer la modification de plus de 10%, indépendamment de la date à laquelle ces modifications ont eu lieu. Il est crucial de noter qu'il ne suffit pas de qualifier les changements après coup pour évaluer la taxe sans tenir compte des déductions de valeur que ces changements peuvent entraîner.
Cette décision interprète largement la capacité de l’administration à ajuster la valeur locative tout en soulignant la nécessité d'un examen complet des facteurs pouvant influencer cette valeur, renforçant ainsi les droits du contribuable à voir sa situation fiscale évaluée justement.