Résumé de la décision
Dans cette affaire, la Cour de cassation a été saisie de pourvois formés par X... (Julien) et Y... (Théophile) contre un arrêt de la Cour d'appel de Chambéry du 30 avril 1964. Les deux prévenus avaient été condamnés pour entrave à la mise en culture à la suite d'un remembrement, avec une amende de 300 francs et des dommages-intérêts au profit de la partie civile. La Cour de cassation a annulé l'arrêt de la Cour d'appel, estimant que l'application de l'article 53 du Code rural aux terres remembrées violait le principe d'interprétation restrictive de la loi pénale.
Arguments pertinents
1. Violation des principes d'interprétation de la loi pénale : La Cour de cassation a souligné que les textes comportant des sanctions pénales doivent être interprétés de manière restrictive. En l'espèce, l'article 53 du Code rural, qui traite des infractions relatives à l'entrave à la mise en culture, ne peut être étendu aux terres ayant fait l'objet d'un remembrement sans violer ce principe fondamental.
2. Codification et portée des textes : La Cour a précisé que la codification des textes ne peut entraîner une modification de fond des lois qu'elle regroupe. Ainsi, le paragraphe 1er de l'article 53 du Code rural, qui reproduit littéralement l'article 32 de la loi du 19 février 1942, ne saurait être appliqué aux terres remembrées, car cela constituerait une extension non justifiée de son champ d'application.
3. Interprétation du terme "concession" : La Cour d'appel avait interprété le terme "concession" de manière large, en l'appliquant aussi aux terres attribuées après remembrement. La Cour de cassation a rejeté cette interprétation, affirmant qu'elle ne respecte pas le cadre légal établi.
Interprétations et citations légales
1. Interprétation restrictive des lois pénales : La Cour de cassation rappelle que "les textes comportant des sanctions pénales doivent être interprétés restrictivement et ne permettent aucune application par analogie ou par induction". Cela signifie que toute extension de la portée d'une loi pénale doit être clairement justifiée par le texte même.
2. Codification et adaptation de forme : La décision souligne que "les textes de codifications ne pouvant apporter aux textes législatifs qu'ils codifient que des adaptations de forme", ce qui signifie que la codification ne doit pas modifier le sens ou le champ d'application des lois.
3. Article 53 du Code rural : La Cour a cité que "le paragraphe 1er de l'article 53 du Code rural, tel qu'il résulte de la rédaction du décret du 27 septembre 1955, n'est que la reproduction littérale de l'article 32 de la loi du 19 février 1942 relative aux terres incultes et abandonnées", établissant ainsi que l'article 53 ne peut être appliqué aux terres remembrées.
En conclusion, la Cour de cassation a jugé que l'arrêt de la Cour d'appel de Chambéry ne respectait pas les principes d'interprétation des lois pénales et a annulé cette décision, renvoyant l'affaire devant la Cour d'appel de Grenoble pour un nouveau jugement conforme à la loi.