Résumé de la décision
Mme C A, ressortissante comorienne, a contesté un arrêté du préfet de Mayotte du 5 juillet 2023, qui lui imposait une obligation de quitter le territoire français (OQTF) et une interdiction de retour pour une durée d'un an. Elle a demandé la suspension de cette mesure, l'octroi d'une autorisation provisoire de séjour, et la condamnation de l'État à lui verser des frais. Le juge des référés a décidé de suspendre l'exécution de l'OQTF, d'enjoindre au préfet de délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours, et de condamner l'État à verser 800 euros à Mme A au titre des frais exposés.
Arguments pertinents
1. Atteinte à la vie privée et familiale : Le juge a constaté que l'arrêté du préfet portait une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme A, en vertu de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Il a souligné que tous ses liens personnels et familiaux se trouvaient à Mayotte, ce qui rendait la mesure d'éloignement particulièrement problématique.
> "L'arrêté du 5 juillet 2023 [...] porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme."
2. Urgence de la situation : Le juge a également noté que l'intéressée était exposée à une mise à exécution imminente de la mesure d'éloignement, ce qui a permis de caractériser l'urgence.
> "L'intéressée étant exposée à la mise à exécution de la mesure d'éloignement, la condition d'urgence caractérisée est remplie en l'espèce."
3. Suspension de l'OQTF : En raison de l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, le juge a ordonné la suspension de l'OQTF et de l'interdiction de retour.
> "Il y a lieu de constater l'atteinte grave et manifestement illégale portée à une liberté fondamentale."
Interprétations et citations légales
1. Article L. 521-2 du Code de justice administrative : Cet article permet au juge des référés d'ordonner des mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale lorsqu'une atteinte grave et manifestement illégale est constatée. Le juge a appliqué cet article pour justifier la suspension de l'OQTF.
> "Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public [...] aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale."
2. Article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme : Cet article protège le droit au respect de la vie privée et familiale. Le juge a interprété que l'OQTF imposée à Mme A constituait une violation de ce droit, compte tenu de ses liens familiaux à Mayotte.
> "L'ensemble de ses liens personnels et familiaux se situent à Mayotte, où réside notamment son frère jumeau, titulaire d'une carte de séjour."
3. Article L. 761-1 du Code de justice administrative : Cet article permet de condamner l'État à verser des frais exposés par la partie gagnante. Le juge a décidé d'accorder 800 euros à Mme A en vertu de cet article.
> "Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de condamner l'Etat à verser à Mme A une somme de 800 euros au titre des frais exposés."
Cette décision illustre l'importance de la protection des droits fondamentaux, notamment en matière de vie familiale, et la capacité du juge des référés à intervenir rapidement pour suspendre des mesures administratives jugées illégales.